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Lettre ouverte à toutes les femmes enceintes victimes de harcèlement au travail

J’aimerais aborder aujourd’hui un sujet qui m’a personnellement beaucoup affectée. Comme certaines le savent déjà, j’ai été victime, en novembre 2015, d’un harcèlement moral sur mon lieu de travail, consécutif à l’annonce de ma grossesse. J’ai longuement hésité avant d’écrire cette lettre, car je voulais laisser cette histoire derrière moi, l’oublier pour avancer. Malheureusement, j’observe que beaucoup de femmes en 2017 continuent d’être les victimes de cette violence sournoise, après avoir révélé leur grossesse.

La loi est pourtant très claire : les femmes enceintes sont protégées par le Code du travail.

J’ai donc décidé d’écrire cette lettre pour donner du courage à toutes celles qui, coupables de délit de maternité, subissent ce harcèlement moral au travail. Si je n’avais qu’un seul message à leur livrer, ce serait : surtout ne capitulez pas, ne subissez pas. Certes, un travail comporte des devoirs, mais il comporte aussi des droits qui ne devraient jamais être bafoués. Par son caractère insidieux, hélas, le harcèlement moral est toujours très difficile à prouver.

Voici mon histoire.

Au début, tout allait bien. Mes supérieurs étaient très satisfaits de mon travail. J’étais l’employée modèle. Jamais en retard, jamais malade, toujours bien disposée à l’égard de mes collègues. Je travaillais dans ce service depuis décembre 2014. Bientôt un an. En CDD, comme contractuelle dans la fonction publique. Dans moins d’un mois, je deviendrais stagiaire, avant d’être titularisée.

Un matin, je demandai à parler à ma responsable, afin de lui annoncer la nouvelle. J’avais établi une relation de confiance avec elle, basée sur un respect mutuel. C’était du moins ce que je croyais. Sur le moment, elle eut l’air sincèrement ravie pour moi d’apprendre ma grossesse. Et ce fut sans me défier que j’accueillis ses félicitations.

Quatre jours plus tard cependant, elle me convoqua dans son bureau. Là, manifestement très remontée contre moi, elle m’apprit qu’elle était très mécontente de mon travail et de mon état d’esprit. Après bientôt un an, je ne m’étais pas intégrée dans l’équipe. Pire encore : je créais une mauvaise ambiance au sein de son service et mes collègues s’en plaignaient.

Incrédule, abasourdie, je l’écoutais sans comprendre. Je tombais littéralement des nues. Pourquoi avoir attendu un an pour me dire tout ça ? Comment avais-je pu ainsi perdre toute ma valeur en seulement quatre jours ? Que se passait-il ? Derrière les questions qui me taraudaient, je l’entendis me proposer un contrat de deux mois, présenté comme une période d’essai.

Ce fut juste après cet entretien que le harcèlement moral commença. Très vite, à travers des petites brimades, des réflexions, je fus rabaissée, humiliée, dévalorisée. Désormais cantonnée à des tâches subalternes, j’étais tenue à l’écart de mes propres compétences. En réalité, tout était mis en œuvre pour que je démissionne. Je me rendais maintenant à mon travail à reculons, l’estomac noué, en pleurant intérieurement. Je rentrais chez moi avec ce même sentiment mêlé d’injustice et d’impuissance.

Moralement et physiquement épuisée, je refusais le CDD de deux mois qui m’était « charitablement » consenti. Je ne voulais plus, je ne pouvais plus rester. Aussi, lorsque ma responsable me convoqua cette fois-là, elle m’offrit, comme autrefois, un visage avenant. Et ce fut d’une voix douce, presque mielleuse, qu’elle me demanda de rédiger une « lettre de démission ».

D’instinct, je compris que tout cela devait cacher un piège. Face à mes réticences, elle devint de plus en plus insistante. Mais j’avais besoin d’y voir plus clair avant de lui répondre. Hélas, le représentant syndical de la structure n’était pas un homme à qui je pouvais me confiais. Son manque d’intégrité était notoire dans les services. Une collègue me mit alors en contact avec une représentante syndicale extérieure à la structure.

Rapidement, je rencontrai cette femme. Indignée par le sort qu’on me réservait et révoltée par le harcèlement moral dont j’étais l’objet, elle se fit un devoir de me rassurer. Ainsi, elle m’apprit que le code du travail applicable à la fonction publique me protégeait. En cas de lettre de démission cependant, je ne serais pas indemnisée par mon employeur. Tout devenait soudain très clair dans mon esprit. C’était donc pour cette raison que ma responsable insistait tant pour que je rédige cette fameuse lettre. En réalité, une fin de contrat se suffisait à elle-même, et je n’avais nul besoin de me justifier.

À bout de force, je faisais une dépression nerveuse. Mon médecin me prescrivit un arrêt maladie, jusqu’à la fin de mon contrat. Une fois celui-ci parvenu à son terme, je demandais à la direction des ressources humaines et à ma responsable de m’envoyer les documents relatifs à cette fin de contrat. Au lieu de cela, je reçus un courrier en recommandé m’enjoignant de rédiger cette lettre de démission. J’appelai alors la représentante syndicale pour lui faire part de ce chantage. Exaspérée, elle téléphona sans tarder la DRH pour avoir des explications, mais celle-ci lui confia ignorer tout de cette histoire.

Avec son aide, j’envoyai un courrier en recommandé pour exiger, sous peine de poursuites, les documents de fin de contrat. Je leur octroyai un délai de huit jours.

J’obtins gain de cause. Ainsi, je n’avais pas capitulé, je n’avais rien lâché, car je savais que j’étais dans mon droit.

Parce que j’étais bien entourée et soutenue, j’avais trouvé la force de me battre. Après cette épreuve, je demandai à mon mari de quitter la région de Basse-Normandie. Compréhensif, il accepta. Aujourd’hui, nous vivons à Rouen, ville près de laquelle il a grandi. Cette histoire a été si éprouvante que j’ai longtemps hésité après cela à reprendre une activité professionnelle. J’avais peur. J’avais perdu ma sérénité et ma confiance en moi. À présent, tout va bien. J’ai signé un CDI, et je mesure la chance que j’ai de travailler avec des responsables et des collègues bienveillants.

Alors, je vous en prie, restez fortes et ne baissez pas les bras. Jamais.

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5 Commentaires

  • Répondre
    Meliesphere
    22 mars 2017 à 14 h 04 min

    Il est super article. C’était très touchant, j’ai apprécié te lire. J’hallucine de voir des personnes se comporter de façon malveillante. Ça me révolte. Tu as été une battante dans cette histoire et cela t’a permis de mesurer la grandeur de ton courage et de ta force mentale. Bravo.

    • Répondre
      Diari Thom
      24 mars 2017 à 19 h 45 min

      Coucou Meliesphere,

      J’espère que tu vas bien ? Je te remercie pour ton message tes mots mon touché, cette sordide histoire est maintenant derrière moi.
      Je vais bien 😀
      Bisous à bientôt 😉

  • Répondre
    Maman BCBG
    22 mars 2017 à 15 h 14 min

    Waou…. écœurant… J’espère que tu vas mieux, cela peut être très destructeur comme situation. En tout cas, tu as eu de bon réflexes et tu as su te faire conseiller …. 🙂 Bravo !

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      Diari Thom
      24 mars 2017 à 19 h 48 min

      Coucou,
      Merci beaucoup:) Oui, en effet histoire est vraiment écœurante et triste 🙁
      Je vais bien ne t’inquiète pas 😉
      Bisous

  • Répondre
    johanna
    26 mars 2017 à 21 h 30 min

    Wow… Ce n’est pas possible qu’il n’y ai pas de lois contre la manipulation psychologique, ça peut détruire des personnes. Heureusement tu as été très forte face a ces monstres! Bravo. Moi je cherchais un job juste avant de tomber enceinte et j’ai préféré ne pas accepter une place dans une grande entreprise pour justement ne pas a subir de manipulation psychologique a cause de la grossesse… J’avais peur de ne pas tenir.

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